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 Aberkane : ces venins qui valent trente mille fois plus que l'or

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Max|mum
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MessageSujet: Aberkane : ces venins qui valent trente mille fois plus que l'or   Dim 9 Nov - 20:36

Les neurotechnologies ont besoin des peptides contenus dans les venins et que nous ne savons pas encore synthétiser. Mais ils ont bien plus à nous apprendre.

Si un jour vous entendez un de ces pseudo-docteurs en écologie industrielle ou un de ces Nobel d'économie du café des sports disserter sur l'intérêt de bétonner la barrière de corail ou d'industrialiser la forêt primaire pour mettre au travail ces paresseux de natifs, parlez-lui de la tarentule chinoise ou du cône du Pacifique. À côté de ce petit mollusque ultra-venimeux, la poule aux oeufs d'or fait figure de plaisanterie. La mu-conotoxine GIIIB se négocie à presque 500 euros le milligramme chez Alomone Labs. La variante PIIIA est, elle, à 800 euros le milligramme chez Smartox Biotech... 800 millions d'euros le kilo ! Le platine et l'héroïne pure ? Du terreau de jardin en comparaison.

Certaines variantes de la jingzhao toxine, issues du venin de la tarentule chinoise (Chilobrachys jingzhao venom), frisent 1 000 euros le milligramme, soit un milliard le kilo. L'hainantoxine, extraite elle de l'araignée chinoise Ornithoctonus hainana, se négocie à 950 euros le milligramme. En comparaison, l'anémone de mer (Anthopleura elegantissima) ferait presque figure de parent pauvre avec sa toxine APETx2 à 600 euros le milligramme. Quant au peptide toxique Tx2-6 de l'araignée très agressive Phoneutria, étudié dans le traitement des troubles érectiles, son coût de synthèse n'est pas encore disponible.

Pourquoi une telle inflation ?

À l'origine d'une telle envolée des venins, l'essor des neurotechnologies, les nouvelles biotechnologies, qui dopent la demande mondiale en peptides que nous ne savons pas synthétiser facilement, voire pas du tout, et qui doivent alors être collectés sur la bête. Les conotoxines, jingzhaotoxines, huwentoxines et hainantoxines affectent différents canaux à sodium, dont ceux que les neuroscientifiques inhibent pour révéler leur potentiel d'action et qui sont aussi nécessaires aux neurones pour communiquer entre eux.

On utilise bien évidemment les venins en pharmaceutique, diverses toxines de scorpion traitant les polyarthrites rhumatoïdes ou les scléroses en plaques. Le venin du cobra royal peut être employé comme analgésique. Quant à l'épibatidine, un alcaloïde accumulé par la grenouille Epipedobates tricolor à partir des insectes dont elle se nourrit, elle est 200 fois plus puissante que la morphine !

Mais la leçon économique des venins ne s'arrête pas à la valeur brute, encore hautement volatile vers le haut (quand l'espèce s'éteint) ou vers le bas (quand on sait facilement reproduire son venin). La nature est une bibliothèque : lisons-la au lieu de la brûler ! C'est la leçon de la biomimétique, la science qui étudie les procédés naturels pour les traduire en savoir-faire humains (réservés aux abonnés).

Le principe de la reine rouge

Si, par exemple, les cônes produisent une telle diversité de toxines, c'est probablement en raison du "principe de la reine rouge" selon lequel en évolution parfois "il faut courir pour rester à la même place", comme le dit la reine rouge dans Alice au pays des merveilles. Bref, continuer à évoluer et à se diversifier pour survivre, une intéressante leçon industrielle que la sidérurgie allemande a très bien comprise, au grand dam de la nôtre.

Meilleure leçon encore : celle du couple proie-prédateur composé de la salamandre Taricha granulosa et du serpent Thamnophis sirtalis en Californie. Dans la compétition entre la salamandre toxique et le serpent résistant, ce dernier a toujours un temps d'avance sur son prédateur. Hanifin et al. (2008) [1] ont démontré que là où la salamandre fait de la compétition quantitative (travailler plus pour gagner plus) en produisant plus de sa tétrodotoxine, le serpent fait de la compétition qualitative en produisant un nouvel antidote : travailler mieux pour gagner... beaucoup plus.

Pour sa dernière campagne de dons, l'Institut Pasteur présente un chercheur en blouse blanche en pleine forêt primaire... Macroéconomiquement, c'est de plus en plus vrai.


[1] Phenotypic Mismatches Reveal Escape from Arms-Race Coevolution Hanifin CT, Brodie ED Jr, Brodie ED III (2008) Phenotypic Mismatches Reveal Escape from Arms-Race Coevolution. PLoS Biol 6(3): e60. doi: 10.1371/journal.pbio.0060060

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