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  Culture du viol : quand "le Point" conseille aux femmes d'"accepter la brutalité"

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Max|mum
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MessageSujet: Culture du viol : quand "le Point" conseille aux femmes d'"accepter la brutalité"   Ven 25 Juil - 17:43

LE PLUS. Pour s'accoupler, "la tortue d'Hermann n'hésite pas à bousculer sa bien-aimée. Ce qui n'est pas pour lui déplaire..." C'est ainsi que débute un article du "Point" portant sur "les conseils avisés de nos amis les bêtes de sexe". Autrement dit, toutes les femelles gagneraient à être cognées ? Une banalisation nauséabonde de la culture du viol, pour Nathalie Blu-Perrou.




La "rape culture" ("culture du viol"), terme utilisé pour la première fois par les féministes dans les années 1970, semble décidément plus que jamais au goût du jour, tant le concept apparaît omniprésent dans nos médias.

Si par "culture du viol", on entend tout un appareil de pensée, de représentation, de pratiques et de discours qui excusent, banalisent, érotisent voire encouragent la violence sexuelle, alors c’est bien le magazine "Le Point" qui, sur son site, nous offre cette semaine, le plus beau cas d’école.

Traitement médiatique inapproprié de la violence sexuelle

Dans cette chronique pourrie et teintée d’humour graveleux, intitulée "Les conseils avisés de nos amies les bêtes de sexe (1) : pratiquer avec modération l’amour sado-maso", deux journalistes du "Point" (Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos) s’improvisent, pour l’occasion, experts en relations conjugales et se croient obligés de distiller leurs "bons" conseils, afin de booster notre libido.

Le tout, bien-sûr, vidéo à l’appui :


La tortue Hermann par LePoint

Cette vidéo, donc, montre un accouplement de tortues Hermann (Testudo hermanni), au cours duquel le mâle s’efforce maladroitement de monter sur la femelle, après l’avoir au préalable immobilisée, au moyen de légers mordillements et autres petits coups sur sa carapace.

Accumulation de préjugés sexistes

Il n’en fallait pas plus à ces deux journalistes, pour nous proposer sur un ton rigolard, une grotesque mise en abyme du comportement sexuel humain, à travers celui de l’espèce animale. Et de nous expliquer, via une consternante énumération de clichés et préjugés sexistes relatifs à la culture du viol, comment la tortue Hermann prend son pied en morflant.

Chacun l’aura compris, le débat ne se situe pas dans l’opportunité même d’un tel parallélisme, mais bien dans la façon dont celui ci est traité, en opérant insidieusement un report de la culpabilité du viol sur la victime.

L’article s’appuie, en effet, sur six points clés de la culture du viol.

1. La banalisation

"La tortue de Hermann mâle cogne sa partenaire. C’est du reste, un comportement fréquent dans le monde animal."

Et voici comment, en guise d’entrée en matière, les journalistes nous présentent donc la violence sexuelle comme une norme.

2. La justification

"La violence conjugale est une façon commode pour le mâle de montrer sa virilité aux femelles de rencontre."

"Que demande une femelle, au fond ? Que le père de ses enfants soit un gagnant, un mec à la redresse suffisamment fort pour survivre et donc susceptible de leur transmettre les meilleurs gènes."

"Chez beaucoup d’espèces, le mâle apporte la preuve de sa combativité en affrontant d’autres mâles. Chez la tortue d’Hermann, les populations sont trop faibles pour que plusieurs concurrents se retrouvent autour d’une femelle. Du coup, la seule façon de prouver sa force (…) c’est de battre sa partenaire."

En clair, le mâle cogne, mais il a une bonne excuse qui tient en ce que la Nature l’oblige à affirmer sa virilité. Autrement dit, l’agresseur, soumis à des "pulsions naturelles", à des "instincts incontrôlables", n’est pas en mesure de prendre en compte le refus de sa victime. C’est donc à cette dernière de prendre en charge la faiblesse de l’agresseur, en adoptant une tenue et un comportement adéquat (autrement dit, non provocant).

3. La mise en doute du refus de la victime

"Est-ce un viol ? […] la femelle pourrait tout simplement l’éviter en avançant."

"Et soyez sûr que si la femelle n’aimait pas être cognée, elle saurait s’enfermer dans son coffre-fort de carapace."

Qui ne se défend pas, consent. Mieux, tant que la victime n’a pas un pistolet sur la tempe, elle peut se débattre, sinon c’est, qu’au fond, elle le voulait bien. On retrouve dans ces propos, cette notion de "viol gris", décrite par le magazine "Cosmopolitan" comme une relation sexuelle qui se situerait "quelque part entre le consentement et le refus", et où "les deux personnes ne sont pas sûres de qui voulait quoi".

4. L’érotisation de la violence sexuelle

"Chéri, chéri, fais-moi mal !"

"Plus il la brutalise, plus elle l'aime."

"Elle en redemande, la vicieuse."

Ici, les journalistes jouent sans complexe avec le concept du "No means yes", (un non qui signifie oui) que l’on retrouve également dans le langage BDSM, ou encore dans le fameux mythe du fantasme féminin du viol, (par lequel le fait d’être violentée ou forcée constituerait un facteur d’excitation chez la femme).

5. Le transfert de la responsabilité du viol

Ce transfert a lieu lorsque l’on insinue, en multipliant les reproches faits à la victime, que celle-ci l’"avait bien cherché" ("Que faisait-elle toute seule, à telle heure, à tel endroit ?", "elle avait trop bu", "portait une tenue aguichante") ; ou encore lorsque les médias se focalisent sur la personnalité de la victime ("Elle était réputée avoir des mœurs légères" (cf la récente affaire du viol aux 36, quai des Orfèvres à Paris).

Dans l’article du "Point", notre pauvre tortue, quant à elle, "multiplie durant toute la saison les rapports sado-maso" et "en redemande, la vicieuse".

Parfois, ces critiques – proférées non pas à l’encontre du violeur, mais à celle de la victime – tournent même au "slut-shaming" ("humilation de salopes"), ce phénomène odieux qui consiste à blâmer publiquement (via les réseaux sociaux, par exemple) une femme pour ses rapports sexuels, même non consentis. Comme cela est arrivé à cette jeune femme, qui, après avoir été violée, a été ridiculisée sur internet.

Le viol n’est alors plus abordé comme une violence à l’égard des femmes, mais comme une atteinte aux bonnes mœurs et à l’honneur de l’homme.

6. L’incitation, l'encouragement au viol

Inciter au viol, c’est par exemple, conseiller à un homme d’"insister un peu" si sa partenaire ne veut pas, comme l’avait fait allègrement ce pédiatre, lors d’un entretien dans "Elle". C’est aussi, lorsque la violence sexuelle est directement prescrite, même sur le ton de la blague, à l’instar de cet article du "Point qui" s’emploie à promouvoir des pratiques sexuelles brutales envers les femmes, sans se soucier d’une éventuelle absence de consentement.

Si ce genre d’écart journalistique est évidement indigne d’un journal comme "Le Point", il n’en demeure pas moins, hélas, récurrent. Dans la même veine sexiste, on se souvient entre autre de ce tweet nauséabond, à l’occasion de la mort de l’actrice Jayne Mansfield :




Accompagné de cette prose ignoble, de même acabit, et signée de ce même tandem Lewino/Dos Santos, épinglée par le site Tout à l’ego :

"La voiture de Jayne Mansfield, 163 de QI et 115 de tour de poitrine – et pas l’inverse, malheureusement –, s’encastre dans un camion."

"L’autopsie précise que la mort est due à 'l’écrasement du crâne avec extirpation du cerveau'. Au moins cette blonde en avait-elle un !"

"Pour compléter ses talents, elle est également exhibitionniste et nymphomane. Bref, la femme parfaite."

Et combien d’autres inélégances de la part de journalistes masculins du "Point", à l’égard de leurs consœurs (l’une d’entre-elles dénoncée ici, sur le site ArrêtsurImages,net).

Peut-on vraiment rire de tout ?

Comme le souligne Lindy West de Jezebel, les blagues sur la violence sexuelle restent généralement assez malsaines, dans la mesure où elles "ont pour effet d’affirmer le pouvoir de l’homme sur la femme (...) et ne font que perpétuer une dynamique qui rend l’agression sexuelle normale et acceptable".

Car, en réalité, ces blagues sont rarement anodines et n’ont pas le caractère spontané et franchouillard qu’on voudrait bien leur prêter. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’ai voulu linker cet article du "Point" dans ce billet ! Le titre attaché au lien n’est pas celui de l’article mais :

http://www.lepoint.fr/sciences-nature/les-conseils-avises-de-nos-amis-les-betes-de-sexe-1-accepter-une-petite-dose-de-brutalite-de-la-part-de-son-amant-21-07-2014-1847708_1924.php

Tout est dit…

Y aurait-il lieu de penser que le titre initial de l’article – et l’on comprend fort bien pourquoi – aurait été légèrement retoqué après "modération" de la rédaction ?

Vraiment, on ne saurait que trop conseiller à certains journalistes du "Point", de cesser de vouloir faire du clic à tout prix, en prodiguant leurs conseils sexistes en matière de libido et de retourner, bien vite, à des sujets qu’ils maîtrisent mieux.

Manifestement, il reste du boulot pour combattre et déconstruire tous les stéréotypes sexistes qui alimentent la culture du viol. Mais malheureusement, force est de constater que les médias représentent, aujourd’hui encore, un vecteur privilégié de la transmission de cette culture.


Retrouvez également ce texte sur le blog de Nathalie Blu-Perou.

Source

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