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 D’une culture à une autre : Gérard, ce Français éleveur de crocodiles si bien intégré à Ziguinchor

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Max|mum
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MessageSujet: D’une culture à une autre : Gérard, ce Français éleveur de crocodiles si bien intégré à Ziguinchor   Sam 5 Juil - 12:11



Les crocodiles du Nil ont longtemps été un simple présentoir de la ferme de Djibélor, à quelques kilomètres de Ziguinchor. Mais depuis 1998, le propriétaire de la ferme, connu dans la région comme le « loup blanc », a décidé de transformer cet héritage en un élevage de crocodiles. L’histoire de Gérard est celle d’un agriculteur « toubab » qui s’est fait une place en Casamance avec finesse et originalité.
Un reportage
Au départ de la gare routière de Ziguinchor, le chauffeur de taxi connaît parfaitement la route qui mène à Djibélor. « Gérard est une célébrité locale ici ! », lance-t-il les yeux rieurs dans le rétroviseur. En effet, Gérard est connu depuis Ziguinchor aux contrées alentours. Son nom, c’est Wartraux, prononcé « Ouartro ». Tous les enfants de Casamance (devenus grands) ont au moins une fois gambadé dans cet espace de liberté, où le chant des oiseaux est perturbé par le « boum » des mangues savoureuses qui se détachent de l’arbre et percutent violemment le sol. Sur la terrasse ombragée de sa maison, enfoncée dans 30 hectares d’exploitation verdoyante de Djibélor, au milieu des papayes, des plantations d’ananas et d’un impressionnant élevage de crocodiles du Nil, Gérard cale sa « clope Malboro » entre le majeur et l’index, le torse nu cuivré par des années de plein air, les pieds chaussés dans de vieilles tongues et les cheveux poivre sel rassemblés dans une queue de cheval négligée.
En devenant le propriétaire de la plantation le 1er juillet 1977, il a réalisé son « rêve de devenir un jour propriétaire d’une exploitation agricole ». Mais il ne se doutait pas du potentiel qu’il y avait là. « En vendant la moitié de mon terrain, je pourrais encaisser aujourd’hui 1,5 milliard de FCfa. A l’époque, j’ai payé cette ferme 15 millions de FCfa ». Dans le lot, il y avait notamment « un gros stock de crocodiles du Nil, une espèce protégée présente dans la ferme depuis de nombreuses années en âge de reproduction ». C’est avec cela qu’il a démarré l’élevage, vingt ans plus tard, en 1998. Les braconniers, passibles d’une amende allant jusqu’à 5 millions de FCfa, sont aujourd’hui très sévèrement punis par la loi. Mais étant propriétaire d’un élevage, Gérard n’a jamais été concerné par cette législation. Il est autorisé à récupérer les peaux de ses reptiles, il les conserve dans du sel et les vend à des maroquiniers qui en font des sacs, des chaussures et des ceintures. De même, pour la viande de crocodile, cet agriculteur a longtemps été le seul fournisseur des plus grands hôtels de Ziguinchor : « C’est très rentable », reconnaît-il sobrement entre deux gorgées de bière. Il a fini par ouvrir, il y a quelques années, son propre « Restaurant de la plantation », où l’on peut déguster de la viande de crocodile en civet ou en brochettes.
Mais toute cette entreprise ne serait pas possible sans Georges Yata, casquette vissée sur la tête et bottes trouées, l’éleveur de crocodiles en personne. Le spécialiste, c’est lui. Il passe ses journées ici et vit à Djibélor. Il est originaire de Ziguinchor. « J’étais là quand Gérard a racheté la ferme en 1977 », confie l’homme discret au milieu d’une cacophonie d’oiseaux. Autour de lui, des crocodiles de toutes les tailles se figent sous le soleil. Les plus gros, qui servent à la reproduction, ont jusqu’à 45 ans et peuvent mesurer jusqu’à 7 mètres de long. Ils se nourrissent, une fois par semaine, de sole fraîche. Quant aux autres crocodiles, leur destin sera moins glorieux : « Ils sont bons à être mangés entre 5 et 7 ans, quand ils pèsent une quinzaine de kilos, vendus 10.000 FCfa/kg », explique l’éleveur. Mais méfiance tant qu’ils sont vivants, à tout âge, « les crocodiles sont redoutables. Il faut les connaître. Au moment de récupérer les œufs, ils attaquent de façon violente. Si nous ne sommes pas plusieurs dans le parc à ce moment-là, pour détourner l’attention des reptiles, nous mettons notre vie en danger ».

Un gros stock de crocodiles du Nil
Une vingtaine d’employés travaillent aux côtés de Gérard depuis des années. Mais Georges pour les crocodiles et Siméon pour la pépinière de plantes ornementales sont les seuls à être spécialisés. « Lorsqu’on est exploitant agricole en Casamance, il faut sans cesse anticiper la demande pour ne pas se laisser dépasser », explique-t-il. « Tout est extrêmement fluctuant. Rien n’est jamais sûr. » Ces dernières années, par exemple, des mangues ont été acheminées depuis la Mauritanie vers Dakar grâce à la nouvelle route transmauritanienne. « Il est devenu plus facile de faire la route depuis la Mauritanie que depuis la Casamance », constate-t-il. Cette concurrence l’a poussé à trouver une nouvelle trajectoire. Il a donc déraciné un grand nombre de manguiers et les a remplacés par d’autres arbres plus rentables. Déjà en 1980, il avait une exploitation de 25.000 bananiers qu’il a transformés en une plantation fruitière plus diverse. Gérard, amoureux de la chasse, de la pêche et… des défis, le regard tendre derrière ses lunettes dorées d’un style des années 1980, n’a jamais cessé de diversifier son activité et d’anticiper les tendances. Dans la ville voisine, Edmond, prêtre de Ziguichor d’une quarantaine d’années, se souvient parfaitement que dans les années 1990, Gérard avait des lions, des boas, des antilopes et de nombreuses autres espèces : « Il a marqué notre enfance avec son parc animalier. Maintenant, il n'a plus que les crocodiles parce que le parc n’était pas rentable ». Le domaine comprend aujourd’hui une ferme d’élevage où cohabitent 280 crocodiles du Nil, une plantation de fruits tropicaux, des bananes, des papayes, des mangues, des ananas, des mandarines, des pamplemousses, etc., et plus de 500 espèces différentes de plantes ornementales.
Nous sommes en juin, l’hivernage commence. Au moment de rencontrer Gérard, une pluie s’est soudainement abattue sur Ziguinchor. Les plus petits bambins de la capitale casamançaise, pieds nus dans les rues boueuses, dansaient sous l’eau tombée du ciel, savon en main. Gérard, ému, raconte : « Pendant longtemps, j’ai pris mon gel douche et je me suis savonné sous les premières pluies de la saison d’hivernage, dans mon jardin de Djibélor. C’est une sorte de tradition ici ». Les premières pluies ont en effet quelque-chose de délivrant dans cette région. Ce « toubab » de 70 ans, qui maîtrise le wolof pour ses négociations avec les « bana-banas », marié à une femme Diola, a tout d’un Sénégalais. Loin du tumulte et de « l’esprit négatif » des Français, Gérard a épousé Djibélor. Après avoir étudié à Bordeaux à l’Ecole nationale d’ingénieurs des travaux agricoles, et avoir activement participé au mouvement de mai 68, le jeune baroudeur est parti faire sa coopération à Ziguinchor, dans le sud du Sénégal, comme professeur. Il s’est installé en Casamance en 1969. Il n’est plus jamais rentré chez lui. De cette vie originale qu’il a choisie, il n’a pas seulement été témoin du mouvement de mai 68. En 1998, sur la route d’Oussouye, il entendait tous les soirs à partir 18 heures les tirs saccadés des armes à feu à quelques dizaines de mètres de chez lui. « Tous les touristes avaient levé le camp. Les rebelles indépendantistes de Casamance s’affrontaient avec l’armée sénégalaise, là, tout près ». Malgré tout, Gérard est resté : « A sept reprises, pendant la guerre, le village a été malmené par les rebelles venus piller les 100 habitants de Djibélor. Tout le monde savait que j’étais bien armé et prêt à me défendre. Personne ne m’a jamais attaqué ». A se demander qui, entre le crocodile et l’agriculteur, est le plus redoutable de Djibélor.

Fanny CHEYROU (stagiaire)

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